Mon prof est un troll - Cie Souricière

par aurelie / Les résidences d'artistes

Du 17 au 21 février 2020, la compagnie Souricière est accueillie en résidence au PÔLE pour la création du spectacle "Mon prof est un troll" de Dennis Kelly.

L'histoire : 

UNE PIÈCE SUR DEUX ENFANTS PAS TRÈS SAGES ET UN TROLL : Alice et Max sont deux enfants turbulents. Pas une bêtise ne leur échappe pour faire tourner en bourrique leur institutrice. Elle finit par rendre les armes, et séjourner en maison de repos pour dépression nerveuse. Arrive alors un nouveau directeur : Un troll. Il règne sans pitié sur l’école en forçant les élèves à travailler toute la journée dans une mine d’or. À la moindre incartade, les garnements sont dévorés par la créature. Alice et Max tentent de se rebiffer mais les adultes ne semblent pas prendre au sérieux leur détresse. Ni leur maman, ni l’inspecteur des écoles, ni l’agent de police…et encore moins le Président de la République. Ils se désespèrent d’être entendus, jusqu’ à ceque sorte de leurs cerveaux une brillante idée….


L'intention :

L’auteur londonien Dennis Kelly n’est pas catalogué comme un auteur « jeune public », Mon prof est un troll étant à ce jour sa seule pièce pour enfants. Pourtant ce texte ne fait ni figure d’exception dans son oeuvre, ni exercice de style, car il est un formidable concentré de tout son théâtre (en plus d’être une désopilante machine à jouer). Ici, Dennis Kelly cadre un contexte politique précis. Avec le changement de Directeur, un nouveau régime de type dictatorial est instauré au sein de l’école. Tous les processus de domination sont à l’oeuvre : exploitation (travail d’enfants dans une mine d’or), humiliations (les professeurs hommes porteront des chaussures de femmes et inversement), et terreur par sanction arbitraire (être mangé pour l’exemple.) Il s’agit donc pour les protagonistes de se poser la question fondamentale : est-ce juste ? Pour Alice et Max, il est évident que non. L’étape suivante de ce parcours initiatique consiste à trouver la bonne méthode pour entrer en résistance. Quand Alice et Max échouent systématiquement à se faire entendre par leur mère, l’inspecteur des écoles, l’agent de police et jusqu’au Président de la République, je ne peux m’empêcher d’entendre derrière ces « choux blancs » une crise de la Démocratie et des institutions qui refusent de voir la réalité d’un problème, préférant se cacher derrière un langage formaté. Pourtant, c’est précisément par le langage qu’Alice et Max vont trouver la clé : apprendre à « parler le troll ». Faire un pas vers le troll, et entrer en dialogue avec lui pour résoudre cette crise par les mots, et éviter ainsi la violence des actes. Le pouvoir du langage permettra à ces deux enfants de vaincre leur peur, et de regarder le troll non-plus comme le monstre fantasmé, mais comme la figure de l’étranger, celui qui ne parle pas notre langue. Toutes ces différences peuvent inspirer de la crainte et de la haine si l’on ne cherche pas à dénouer les malentendus. On peut donc parfaitement lire cette pièce comme l’histoire d’une émancipation, celle de deux futurs citoyens qui observent avec leurs yeux d’enfants un monde complexe.

 

Vincent Franchi, metteur en scène

Pour en savoir plus :  Compagnie Souricière